Menu
Newsletter
Nous Contacter
logo réciprocité
Merci ! Votre message a été envoyé avec succès.

Réciprocité, une nouvelle conception du vivre-ensemble, crée un lien social et intergénérationnel dans le cadre de l'habitat social sur Lyon, Nantes, Marseille et Paris

Réciprocité - Réciprocité - Derrière les murs de nos Maisons des Projets : le travail de Coordination-Animation

Derrière les murs de nos Maisons des Projets : le travail de Coordination-Animation

26.05.2026 Coordination-Animation - Résidence intergénérationnelle
L'actualité

L'actualité

Marine Le Floc’h est Coordinatrice-Animatrice chez Récipro-Cité : elle anime le projet “Chers Voisins” dans le Pays de Gex depuis décembre 2018.
Sophie Hugues est Coordinatrice-Animatrice chez Récipro-Cité depuis septembre 2025, et elle anime une résidence à Achères dans le 78.

Comment décririez-vous votre métier ?

Marine Le Floc'h : Aujourd'hui, je dis que je fais une forme de travail social. Je travaille dans une Maison des Projets, un espace ouvert à tous les habitants d'un quartier ou d'une commune. L’objectif, c’est de créer du lien social en s’appuyant sur les savoir-faire et les compétences de la communauté. Nous, les coordinatrices, nous sommes un peu les chefs d’orchestre pour accueillir, accompagner, soutenir et former les habitants.

Sophie Hugues : De mon côté, le premier mot qui me vient, c’est « coordinatrice ». Et j'ajoute tout de suite : « tisseuse de lien ». Mon rôle dans la Maison des Projets, c'est de faire en sorte que le lieu soit accueillant et chaleureux pour que les gens sortent de chez eux, sortent de l’isolement, se rencontrent et créent une émulsion. C'est un métier basé sur le partage et la solidarité.
Boire un café avec un habitant, ça a l'air très simple, mais c'est d'une importance folle. C'est la base de tout notre travail.

Justement, on vous dit parfois que vous êtes « payées à boire du café ». Que répondez-vous à cette idée reçue ?

Sophie Hugues : C’est vrai, je l’ai déjà entendu : « C’est pas un métier, t’es payée à parler avec les gens ». Mais prendre un café avec quelqu'un qui est seul chez lui, c'est une étape cruciale. On rassure, on réconforte individuellement, et c’est ce qui va donner confiance à la personne pour, ensuite, aller vers le groupe.

Marine Le Floc'h : Tout à fait. C’est un moment essentiel pour passer de l’individuel au collectif. Les personnes qui poussent notre porte n’ont pas toujours confiance en elles. Entrer dans un espace d'initiative aussi libre, ça peut faire un peu peur au début. Notre rôle relationnel est central : on crée le lien, et c’est nous qui introduisons la personne dans la dynamique collective.
Et puis, boire le café, ce n'est que la partie visible ! Derrière, il y a une grosse partie administrative, du démarchage partenarial avec les mairies et les associations, la recherche de financements locaux, et toute la communication — comme la rédaction de notre Gazette — qui prend énormément de temps.

Votre poste s’appelait autrefois « Gestion-Animation » et a été renommé « Coordination-Animation ». Qu’est-ce que ce changement raconte de votre réalité ?

Sophie Hugues : Le mot « gestion » faisait tout de suite penser à de la comptabilité. « Coordination », c’est le bon terme : il englobe à la fois le côté humain, le relationnel, le travail d'équipe et la technique. Cela permet aussi de poser la bonne posture et de mettre une juste distance professionnelle. On est là pour accompagner les habitants sur leurs projets, pas pour faire de l'animation pure.

Marine Le Floc’h : Historiquement, le terme « Gestion-Animation » avait du sens chez Réciprocité parce qu'on travaillait main dans la main avec les bailleurs immobiliers, en miroir avec leurs gestionnaires de proximité. Mais vis-à-vis des partenaires extérieurs et du réseau des acteurs sociaux, on était toujours un peu à côté. Ce nouveau nom valorise notre rôle de pilotage de projet local et de développement social. D'ailleurs, depuis ce changement, la pertinence des candidatures lors des recrutements a doublé !

À quoi ressemble une journée type pour vous ?

Marine Le Floc’h : Elle n’existe pas ! Et c’est le grand écart permanent. Dans une même journée, je peux prendre un café avec trois habitants, organiser une réunion pour caler une future sortie vélo, échanger avec le bailleur, faire le suivi comptable, préparer le repas partagé de la semaine suivante, faire de la médiation sur le ménage participatif de la structure, et finir par réparer une tondeuse ! Cette polyvalence est hyper stimulante, même si après quelques années, elle peut être fatigante.

Sophie Hugues : C’est une journée où l’imprévu est prévu ! C'est ce qui fait toute la richesse et la beauté de ce métier. Il faut une adaptabilité totale et toujours voir les choses du côté positif. Mon grand écart le plus marquant ? Un jour, j'ai dû gérer par téléphone l'annonce du décès d'un résident très isolé, et la minute d'après, j'accueillais un goûter d'enfants qui hurlaient de joie. C'est là qu'on mesure la place immense que nos projets prennent dans la vie des gens.

Face à cette charge émotionnelle et aux confidences parfois lourdes des habitants, comment tenez-vous la distance ?

Marine Le Floc’h : Les situations financières ou familiales chaotiques que l'on nous confie sont parfois très lourdes. Si on portait tout, on ne survivrait pas. Heureusement, nous ne sommes pas laissées à nous-mêmes. Récipro-Cité a mis en place des temps de supervision et d'analyse de la pratique avec une salariée dédiée. Comme elle est en interne, elle comprend intimement nos réalités de terrain. Elle nous donne des outils précieux, comme des techniques de visualisation. Quand quelqu'un déverse sa colère, j'imagine un espace physique, un petit pot entre elle et moi où l'émotion se dépose sans m'atteindre dans mon corps.

Sophie Hugues : Mon passif d'entrepreneuse sophrologue m'aide énormément au quotidien. J’utilise beaucoup l’ancrage et la visualisation. Quand les situations sont complexes, je me crée une bulle, une sphère protectrice autour de moi. On écoute avec bienveillance, on donne, mais on apprend à mettre la juste distance pour se protéger.

Si vous deviez retenir une victoire ou une rencontre qui résume l’impact de votre action ?

Sophie Hugues : Je pense à une personne qui est arrivée chez nous avec beaucoup de repli sur elle-même. Au départ, elle sortait très peu de chez elle et restait uniquement spectatrice des activités proposées. Petit à petit, elle a commencé à s’impliquer davantage et a repris confiance en elle au fil du temps. Aujourd’hui, elle participe à de nombreuses activités, retrouve progressivement son autonomie au quotidien et parvient même à fréquenter des lieux où il y a du monde . C’est une très belle évolution, une belle victoire.  

Marine Le Floc’h : Moi, je pense à une habitante, maman au foyer pendant 40 ans, qui s'est retrouvée très isolée une fois ses enfants partis. Une amie l’a poussée à franchir la porte de la Maison des Projets. Elle avait des talents en couture. Année après année, elle est passée de simple « consommatrice » à actrice du lieu. Aujourd’hui, 7 ans plus tard, elle est bénévole référente, elle anime son groupe avec un aplomb et une confiance en elle incroyables. Elle est devenue une véritable ambassadrice de notre projet.

Qu'est-ce qui vous donne l’énergie de continuer chaque matin ?

Sophie Hugues : C'est de voir qu’en semant des graines au quotidien, on change les choses. Quand on mélange la diversité, le partage et la bienveillance, on peut aller super loin et pousser les gens à oser. Certains donnent, d'autres reçoivent, et c'est cette circularité qui crée une solidarité incroyable, même en dehors des murs de la Maison des Projets.

Marine Le Floc’h : C'est exactement ça : constater l’impact direct du lien social sur le renforcement de la confiance en soi. Et puis, même si notre métier comporte une part de solitude puisque nous sommes souvent seules sur nos sites respectifs, la force de Récipro-Cité est de réussir à nous rassembler. À travers les séminaires, les formations et les instances d'échange comme l'analyse de la pratique, on crée du lien entre nous, aux quatre coins de la France.