Accompagner le montage de projets à impact
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Eugénie Wiber est responsbale de projets au sein de notre bureau d'études lyonnais. Elle explique son rôle dans l'accompagnement au montage de projets à impact
Peux-tu nous expliquer ton rôle dans l’accompagnement au montage de projets ?
Le montage de projet, pour moi, c’est accompagner des acteurs qui souhaitent intégrer une dimension sociale dans leur projet, qu’il s’agisse d’immobilier, d’aménagement ou de réhabilitation. Cela se fait dans des contextes très variés, à différentes échelles : une résidence, un quartier, une commune…
Notre rôle est de créer les conditions pour que le projet fonctionne dans la durée. Cela signifie poser les bonnes questions au bon moment : quels objectifs ? quels acteurs ? quelles modalités de gouvernance ? quels aspects réglementaires ? quel modèle économique et quels financements ?
Nous guidons les porteurs de projets pour les aider à passer de l’idée à la réalisation. Souvent, ils ont des envies fortes mais pas forcément la vision opérationnelle pour les concrétiser. C’est là que nous intervenons.
Ce qui me plaît particulièrement, c’est d’arriver à conseiller les porteurs de projets pour que leurs idées aboutissent. On construit une histoire ensemble, en veillant à ce que le projet ait du sens et réponde aux enjeux du territoire.
Par exemple, nous avons été sollicités par un bailleur et une commune pour créer un tiers-lieu. En redéfinissant ensemble leurs besoins et le contexte local, le projet a finalement évolué vers la création d’un habitat intergénérationnel, plus adapté et économiquement viable.
Ce sont des accompagnements qui s’inscrivent dans le temps long, souvent sur deux ans ou plus lorsque nous intervenons dès l’émergence du projet. Notre rôle est de conseiller, pas de décider à la place des porteurs.
Quels sont les enjeux majeurs quand on accompagne la création d’un tiers-lieu, d’une résidence intergénérationnelle ou d’un habitat inclusif ?
L’enjeu principal est de définir clairement les besoins et les objectifs du projet. Derrière un projet social, il y a souvent l’envie de répondre à tous les enjeux à la fois : accueillir tous les publics, proposer une multitude de services… Mais dans la réalité opérationnelle, il faut prioriser.
Il est essentiel de cadrer les objectifs, de les partager entre les partenaires et de clarifier les responsabilités de chacun. Les acteurs impliqués ont leurs intérêts, leurs contraintes et leurs temporalités. Notre rôle est de créer les conditions d’un projet durable dans le temps.
Il faut aussi anticiper la gestion future. Le porteur initial n’est pas forcément celui qui exploitera le projet à terme. Cette question doit être intégrée dès le départ.
Par exemple, lors d’une consultation, un promoteur proposait une laverie collective dans une résidence de 200 logements pour se démarquer sur l’innovation. Mais les modalités de gestion n’avaient pas été anticipées : qui allait payer ? comment organiser l’accès ? qui assurerait la maintenance ? Après concertation avec les futurs habitants, il s’est avéré que ce service ne répondait pas à leurs besoins. D’autres propositions, plus adaptées, ont alors émergé.
Selon les projets, les enjeux varient aussi. Dans l’habitat inclusif, par exemple, il faut porter une attention particulière à l’adaptation des logements, au lien avec les concepteurs et à la composition du peuplement pour favoriser la mixité.
Comment adaptes-tu ton accompagnement selon le type de projet, les acteurs et le territoire ?
Chaque projet est unique. Les enjeux diffèrent selon l’acteur à l’initiative, le contexte territorial et les objectifs poursuivis.
Le diagnostic initial est indispensable. C’est lui qui permet de construire une feuille de route adaptée. Nous nous posons notamment les questions suivantes : qui porte le projet ? qui l’exploite ? qui le finance ? quelle gouvernance mettre en place ? Les réponses ne sont pas toujours connues au départ et évoluent au fil de l’accompagnement.
Parfois, cela nous emmène vers des solutions inattendues. Il arrive par exemple qu’un commanditaire souhaite que nous assurions l’accompagnement après la livraison. Mais au regard du territoire, il peut parfois être plus judicieux pour nous de recommander un acteur déjà implanté sur place pour prendre le relais. Notre force, c’est aussi de savoir passer la main au bon moment.
L’intensité de l’accompagnement varie selon les phases du projet : conception des espaces, échanges avec les futurs gestionnaires, mobilisation des partenaires, livraison… Il n’y a pas de recette toute faite. La seule constante, c’est le diagnostic et l’adaptation au contexte.
Qu’est-ce qui te passionne dans l’aide au montage de projets à impact ?
Ce qui me passionne, c’est d’être surprise par les résultats. Même si nous avons une méthodologie, chaque projet est différent et peut fonctionner de manière inattendue.
Par exemple, sur un projet où nous sommes intervenus tardivement, les espaces partagés étaient au premier abord peu qualitatifs et pas suffisamment équipés. Pourtant, l’accompagnement des habitants après la livraison a permis une véritable appropriation. Ces espaces sont devenus des lieux de rencontres, de projets collectifs entre voisins et de convivialité.
Cela montre que l’important n’est pas seulement l’espace, mais aussi la manière dont on accompagne les usages et les dynamiques collectives.
Selon toi, quelles sont les erreurs les plus fréquentes chez les porteurs de projets ?
La première erreur est la surenchère d’innovation, qu’elle soit technique ou sociale. On veut tout faire : un tiers-lieu, une cuisine partagée, une chambre d’hôte, un jardin, un toit-terrasse… sans anticiper la gestion.
Les questions essentielles sont pourtant simples : à qui cela s’adresse ? pour quoi faire ? qui va gérer ?
Il y a aussi souvent un manque d’anticipation sur l’opérationnel et le fonctionnement dans la durée. Certains porteurs ont également du mal à identifier leurs besoins réels ou font appel à nous trop tard, alors que des choix structurants ont déjà été faits.
À l’inverse, quels sont les facteurs clés de réussite d’un projet ?
L’anticipation est essentielle, notamment sur les modalités de gestion, l’appropriation par les usagers et les modèles de financement.
Il est aussi important de consacrer du temps humain à l’ingénierie de projet. Avoir un interlocuteur identifié, capable de prendre des décisions, facilite l’avancement et renforce l’efficacité de l’accompagnement.
Enfin, il faut savoir arbitrer. On ne peut pas tout faire dans un projet. Accepter de faire évoluer ses idées initiales est souvent nécessaire pour aboutir à un projet viable.
Si tu devais donner trois conseils à quelqu’un qui souhaite se lancer dans un projet de tiers-lieu ou d’habitat inclusif ?
Étudier les besoins du territoire et des futurs usagers avant de définir le projet
Anticiper la gestion, le financement et l’appropriation dans la durée
Être prêt à arbitrer et à faire évoluer le projet au fil de sa construction
Comment vois-tu évoluer ces projets dans les prochaines années ?
Ces projets ont déjà beaucoup évolué ces dernières années. Aujourd’hui, penser les modes de vie et intégrer des dimensions sociales dans les projets immobiliers devient de plus en plus courant. Les collectivités, les bailleurs et les aménageurs se saisissent davantage de ces enjeux.
Pour moi, ces projets constituent une réponse concrète aux défis sociaux et écologiques. Ils permettent de mutualiser des espaces, des services, de partager des savoirs et de créer du lien. Ils participent à l’émergence de nouveaux modes de vie.
À terme, l’accompagnement au montage de projets à vocation sociale devrait faire partie intégrante de la conception des projets immobiliers et d’aménagement. Les métiers du lien devraient être considérés comme indispensables, au même titre que les autres expertises mobilisées dans la construction d’un projet.