Au coeur des territoires : le travail de Responsable de Tiers-Lieux
15.07.2026
Tiers-Lieux
L'actualité
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Floriane Bon est Responsable de Tiers-Lieux chez Récipro-Cité : elle anime le 7 Lieu, situé dans le quartier des Girondins à Lyon, depuis mars 2025.
Sophie Muller est Responsable de Tiers-Lieux chez Récipro-Cité depuis novembre 2025, et elle anime le QG de l'Etoile à Ambilly.
Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre métier au quotidien ?
SM : C'est un métier extrêmement varié. Une journée-type mêle de l’accueil, de la programmation d’activités, de la gestion comptable, de la communication ou encore du suivi administratif. Il faut être polyvalent, capable de s'adapter en permanence à des situations très différentes. C'est justement cette diversité qui rend le métier passionnant.
FB : Je dirais que nous sommes un peu des chefs d'orchestre. Notre rôle consiste à faire cohabiter des personnes, des projets et des envies très différents, et à trouver l'harmonie entre tous ces acteurs. C'est un travail de coordination permanent.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ? Quels sont les principaux défis de votre quotidien ?
FB : Le plus grand défi, c'est d'accepter qu'on ne pourra jamais plaire à tout le monde. On ne va pas révolutionner le monde, mais on peut créer quelque chose qui laisse une trace sur un territoire. Avant l'ouverture du tiers-lieu, il n'y avait pas cet espace de rencontre. Aujourd'hui, on construit un projet collectif qui perdure. J'aime beaucoup cette idée : « Tu ne peux pas plaire à tout le monde, mais c'est avec tout le monde que tu dois créer quelque chose. » Ce qui me plaît le plus, c'est de lutter contre l'isolement et de sentir que notre présence est réellement utile.
SM : C'est un métier qui nous bouscule aussi personnellement. Il nous oblige à apprendre à poser nos limites, à fixer un cadre et à le faire respecter. C'est parfois fatigant, car il faut sans cesse rappeler les règles. Mais en contrepartie, c'est un métier extrêmement nourrissant. On a vraiment le sentiment de servir une cause, celle de la lutte contre l'isolement social. Avant d'exercer ce métier, je n'avais pas conscience que ce phénomène touchait autant de personnes, de toutes les générations.
Quels sont, selon vous, les ingrédients qui permettent à un tiers-lieu de durer dans le temps ?
FB : D'abord, la sincérité. Il faut porter un projet auquel on croit profondément et le faire pour les bonnes raisons. Ensuite, il est essentiel de rester à l'écoute : demander constamment l'avis des habitants, tester de nouvelles idées, apprendre de ses erreurs. Il faut proposer des choses qui nous ressemblent tout en répondant aux attentes des autres. Au fond, notre mission consiste à faire vivre le "vivre-ensemble".
SM : Un tiers-lieu ne peut jamais rester figé. Il faut sans cesse se remettre en question, innover, se demander chaque mois si ce que l'on propose répond encore aux besoins des usagers. Il est important d'incarner ses valeurs sans tomber dans un projet centré sur soi-même. L'humilité est indispensable : un tiers-lieu existe avant tout pour celles et ceux qui le fréquentent.
Quel équilibre peut-on trouver entre la vocation d'ouverture au plus grand nombre et les impératifs économiques d'un tiers-lieu ?
FB : Si un tiers-lieu est utile et répond à un véritable besoin, les habitants sont prêts à le soutenir. En tant que structure de l'économie sociale et solidaire, nous proposons des tarifs accessibles pour des services comme la location d'espaces ou l'impression de documents. Ce premier geste donne souvent envie aux personnes de soutenir le projet en retour.
Nous proposons aussi des activités très populaires, comme le yoga ou le pilates. Elles attirent un large public et permettent ensuite de financer ou de rendre accessibles d'autres propositions plus originales ou destinées à des publics qui ont moins de moyens. On fait circuler la solidarité.
SM : L'équilibre passe aussi par un travail avec les collectivités et les partenaires qui nous financent. Il ne s'agit pas seulement de rechercher des subventions, mais de les embarquer dans le projet pour qu'ils en comprennent pleinement l'utilité.
Il faut également diversifier les ressources. Par exemple, nous pouvons proposer des prestations à des entreprises à des tarifs plus élevés, parce qu'elles en ont les moyens, afin de maintenir des tarifs accessibles pour les associations ou les habitants. Aller chercher l'argent là où il est, ce n'est pas injuste : c'est une manière d'être équitable.
Avez-vous un exemple de projet dont vous êtes particulièrement fières et qui illustre ce qu'un tiers-lieu peut apporter à un territoire ?
SM : Ce qui me touche le plus, ce sont les moments où la mixité sociale fonctionne réellement. C'est un objectif essentiel, mais aussi très difficile à atteindre : comment faire se rencontrer des personnes qui n'ont ni les mêmes rythmes de vie, ni les mêmes contraintes ?
Je pense notamment à un atelier cuisine, proposé à l'initiative d'un habitant, qui a réuni des participants de 6 à 99 ans, issus d'horizons très différents. Pendant quelques heures, toutes ces personnes ont partagé la même activité, simplement, naturellement. C'est exactement ce que peut produire un tiers-lieu.
FB : Les moments que je préfère sont souvent les plus simples. Certaines personnes viennent uniquement pour discuter quelques minutes avec nous avant de rentrer chez elles. Un des voisins du tiers-lieu passe presque tous les jours cinq minutes avant la fermeture juste pour dire bonjour : on crée un vrai lien avec lui, une habitude, et quand il ne passe pas un soir, je m’inquiète.
Il existe de moins en moins d'endroits où l'on peut entrer sans être obligé de consommer. On ne pousse plus la porte d'un commerce simplement pour échanger quelques mots. Ici, parce que nous défendons un accueil inconditionnel, les habitants se sont approprié cet espace. Ils savent qu'ils sont les bienvenus, même sans autre raison que celle de créer du lien.
Si vous deviez donner trois conseils à une personne qui souhaite devenir responsable de tiers-lieu, quels seraient-ils ?
FB :
1 Ne vous lancez pas seul. Il faut pouvoir compter sur une équipe, des partenaires et un entourage solide. Le métier est aussi exigeant humainement que financièrement.
2 Prenez le temps de rencontrer les habitants, les commerçants et les acteurs du territoire avant même d'ouvrir. Comprendre les besoins locaux est indispensable pour construire un projet pertinent.
3 Respectez vos limites, mais apportez aussi votre personnalité. Un tiers-lieu se construit avec des compétences, bien sûr, mais aussi avec ce que chacun est capable d'apporter d'unique.
SM :
1 Ne restez pas seul : s'entourer permet de bénéficier de soutien et d'expertise.
2 Interrogez-vous sur votre motivation profonde. Pourquoi voulez-vous porter ce projet ? Cette réponse vous servira de boussole.
3 Gardez un brin de folie et osez être vous-même. L'authenticité est une véritable force dans ce métier.
Sophie Muller est Responsable de Tiers-Lieux chez Récipro-Cité depuis novembre 2025, et elle anime le QG de l'Etoile à Ambilly.
Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre métier au quotidien ?
SM : C'est un métier extrêmement varié. Une journée-type mêle de l’accueil, de la programmation d’activités, de la gestion comptable, de la communication ou encore du suivi administratif. Il faut être polyvalent, capable de s'adapter en permanence à des situations très différentes. C'est justement cette diversité qui rend le métier passionnant.
FB : Je dirais que nous sommes un peu des chefs d'orchestre. Notre rôle consiste à faire cohabiter des personnes, des projets et des envies très différents, et à trouver l'harmonie entre tous ces acteurs. C'est un travail de coordination permanent.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ? Quels sont les principaux défis de votre quotidien ?
FB : Le plus grand défi, c'est d'accepter qu'on ne pourra jamais plaire à tout le monde. On ne va pas révolutionner le monde, mais on peut créer quelque chose qui laisse une trace sur un territoire. Avant l'ouverture du tiers-lieu, il n'y avait pas cet espace de rencontre. Aujourd'hui, on construit un projet collectif qui perdure. J'aime beaucoup cette idée : « Tu ne peux pas plaire à tout le monde, mais c'est avec tout le monde que tu dois créer quelque chose. » Ce qui me plaît le plus, c'est de lutter contre l'isolement et de sentir que notre présence est réellement utile.
SM : C'est un métier qui nous bouscule aussi personnellement. Il nous oblige à apprendre à poser nos limites, à fixer un cadre et à le faire respecter. C'est parfois fatigant, car il faut sans cesse rappeler les règles. Mais en contrepartie, c'est un métier extrêmement nourrissant. On a vraiment le sentiment de servir une cause, celle de la lutte contre l'isolement social. Avant d'exercer ce métier, je n'avais pas conscience que ce phénomène touchait autant de personnes, de toutes les générations.
Quels sont, selon vous, les ingrédients qui permettent à un tiers-lieu de durer dans le temps ?
FB : D'abord, la sincérité. Il faut porter un projet auquel on croit profondément et le faire pour les bonnes raisons. Ensuite, il est essentiel de rester à l'écoute : demander constamment l'avis des habitants, tester de nouvelles idées, apprendre de ses erreurs. Il faut proposer des choses qui nous ressemblent tout en répondant aux attentes des autres. Au fond, notre mission consiste à faire vivre le "vivre-ensemble".
SM : Un tiers-lieu ne peut jamais rester figé. Il faut sans cesse se remettre en question, innover, se demander chaque mois si ce que l'on propose répond encore aux besoins des usagers. Il est important d'incarner ses valeurs sans tomber dans un projet centré sur soi-même. L'humilité est indispensable : un tiers-lieu existe avant tout pour celles et ceux qui le fréquentent.
Quel équilibre peut-on trouver entre la vocation d'ouverture au plus grand nombre et les impératifs économiques d'un tiers-lieu ?
FB : Si un tiers-lieu est utile et répond à un véritable besoin, les habitants sont prêts à le soutenir. En tant que structure de l'économie sociale et solidaire, nous proposons des tarifs accessibles pour des services comme la location d'espaces ou l'impression de documents. Ce premier geste donne souvent envie aux personnes de soutenir le projet en retour.
Nous proposons aussi des activités très populaires, comme le yoga ou le pilates. Elles attirent un large public et permettent ensuite de financer ou de rendre accessibles d'autres propositions plus originales ou destinées à des publics qui ont moins de moyens. On fait circuler la solidarité.
SM : L'équilibre passe aussi par un travail avec les collectivités et les partenaires qui nous financent. Il ne s'agit pas seulement de rechercher des subventions, mais de les embarquer dans le projet pour qu'ils en comprennent pleinement l'utilité.
Il faut également diversifier les ressources. Par exemple, nous pouvons proposer des prestations à des entreprises à des tarifs plus élevés, parce qu'elles en ont les moyens, afin de maintenir des tarifs accessibles pour les associations ou les habitants. Aller chercher l'argent là où il est, ce n'est pas injuste : c'est une manière d'être équitable.
Avez-vous un exemple de projet dont vous êtes particulièrement fières et qui illustre ce qu'un tiers-lieu peut apporter à un territoire ?
SM : Ce qui me touche le plus, ce sont les moments où la mixité sociale fonctionne réellement. C'est un objectif essentiel, mais aussi très difficile à atteindre : comment faire se rencontrer des personnes qui n'ont ni les mêmes rythmes de vie, ni les mêmes contraintes ?
Je pense notamment à un atelier cuisine, proposé à l'initiative d'un habitant, qui a réuni des participants de 6 à 99 ans, issus d'horizons très différents. Pendant quelques heures, toutes ces personnes ont partagé la même activité, simplement, naturellement. C'est exactement ce que peut produire un tiers-lieu.
FB : Les moments que je préfère sont souvent les plus simples. Certaines personnes viennent uniquement pour discuter quelques minutes avec nous avant de rentrer chez elles. Un des voisins du tiers-lieu passe presque tous les jours cinq minutes avant la fermeture juste pour dire bonjour : on crée un vrai lien avec lui, une habitude, et quand il ne passe pas un soir, je m’inquiète.
Il existe de moins en moins d'endroits où l'on peut entrer sans être obligé de consommer. On ne pousse plus la porte d'un commerce simplement pour échanger quelques mots. Ici, parce que nous défendons un accueil inconditionnel, les habitants se sont approprié cet espace. Ils savent qu'ils sont les bienvenus, même sans autre raison que celle de créer du lien.
Si vous deviez donner trois conseils à une personne qui souhaite devenir responsable de tiers-lieu, quels seraient-ils ?
FB :
1 Ne vous lancez pas seul. Il faut pouvoir compter sur une équipe, des partenaires et un entourage solide. Le métier est aussi exigeant humainement que financièrement.
2 Prenez le temps de rencontrer les habitants, les commerçants et les acteurs du territoire avant même d'ouvrir. Comprendre les besoins locaux est indispensable pour construire un projet pertinent.
3 Respectez vos limites, mais apportez aussi votre personnalité. Un tiers-lieu se construit avec des compétences, bien sûr, mais aussi avec ce que chacun est capable d'apporter d'unique.
SM :
1 Ne restez pas seul : s'entourer permet de bénéficier de soutien et d'expertise.
2 Interrogez-vous sur votre motivation profonde. Pourquoi voulez-vous porter ce projet ? Cette réponse vous servira de boussole.
3 Gardez un brin de folie et osez être vous-même. L'authenticité est une véritable force dans ce métier.
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