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Semaine de l'habitat intergénérationnel du 17 au 19 novembre à Bordeaux

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Réciprocité, une nouvelle conception du vivre-ensemble, crée un lien social et intergénérationnel dans le cadre de l'habitat social sur Lyon, Nantes, Marseille et Paris

Réciprocité - Réciprocité - Interview Nathaël

Interview Nathaël

25.10.2026 intergnérérationnel - logement
L'actualité

L'actualité

Nathaël Torres est docteur en géographie-aménagement et directeur Est. Il a écrit une thèse sur l'habitat intergénérationnel. Et c'est aussi le tout premier salarié de Récipro-Cité.

Quels sont les éléments essentiels à la réussite d’une résidence intergénérationnelle ?

Monter une résidence intergénérationnelle ne s’improvise pas. Il existe de très beaux projets, mais aussi des expériences manquées, parce que le sujet a longtemps été mis en œuvre sur une posture très expérimentale. Des acteurs comme les bailleurs sociaux ou les CCAS se sont emparés de ces sujets avec beaucoup d’envie et de bonnes intentions, sans nécessairement disposer a priori de toutes les compétences opérationnelles requises.

La mixité intergénérationnelle porte de belles promesses, qu’il faut évidemment défendre. Mais entre l’idée et sa mise en œuvre, il y a un véritable travail d’opérationnalisation. Créer des espaces partagés et favoriser les interactions entre voisins ne suffit pas à créer spontanément de la solidarité et de la convivialité. Ces dynamiques doivent être pensées, accompagnées et entretenues dans la durée. C’est précisément là que se situe l’un des principaux points de vigilance : on observe parfois une forme d’apesanteur opérationnelle dans les projets. Beaucoup d’acteurs savent pourquoi ils veulent créer une résidence intergénérationnelle, mais, une fois le projet livré, les questions deviennent plus concrètes : qui pilote la dynamique collective ? Qui mobilise les habitants ? Comment fait-on vivre le projet au quotidien ? Avec quels moyens et quels objectifs ? Faire vivre une résidence intergénérationnelle suppose donc une véritable expertise et un partage d’expérience. Il est essentiel de se questionner, souvent très utile de se former, et idéalement enrichissant de faire réseau avec d’autres porteurs de projets.

Au fond, une résidence intergénérationnelle réussie, ce n’est pas seulement un bâtiment qui rassemble plusieurs générations : c’est un projet collectif qui permet à des voisins de devenir des acteurs de leur vie commune. Et pour y parvenir, il faut une armature institutionnelle qui repose le plus souvent sur des partenariats locaux, un pilotage dans la durée et un cadre confortant la participation des habitants.

Comment définissez-vous l'intergénérationnel ? Comment cette notion s'est-elle progressivement imposée comme un enjeu de société ?

L'intergénérationnel est finalement une notion assez récente dans les politiques publiques. Elle émerge réellement dans les années 1990, dans un contexte marqué par deux évolutions majeures : le vieillissement démographique et la transformation des solidarités familiales.
À cette époque, les analyses mettent en évidence une évolution des relations entre les générations, liée notamment à la mobilité résidentielle, à l'évolution des structures familiales et à la montée de l’individualisme contemporain. L’équilibre des systèmes de protection sociale, eux-mêmes appuyés – notamment – sur le principe de solidarité entre générations, est également questionnés.
Les acteurs du secteurs gérontologique sont parmi les premiers à concrètement mettre en œuvre des actions intergénérationnelles au sein des établissements. L’objectif principal est d’en atténuer l’image et le fonctionnement ségrégatif, de moins en moins acceptés. Les acteurs de l’habitat commencent à s’intéresser au sujet à leur tour à partir du début des années 2000, d’abord très progressivement. Ce sont les bailleurs sociaux, qui à partir de la décennie 2010 donnent un véritable essor aux résidences intergénérationnelles, avec en moyenne une cinquantaine de réalisations livrées chaque année au cours de la dernière décennie.

Vous avez étudié les différentes formes d'habitat intergénérationnel. Comment analysez-vous la multiplication des notions — habitat inclusif, partagé, participatif, intermédiaire ou intergénérationnel ?

Nous sommes dans une période de transition et d’institutionnalisation progressive. Les politiques publiques sont encore en construction et avancent par étapes successives, et sans vision ni position stabilisée. L’habitat intergénérationnel se retrouve aujourd'hui à la croisée de plusieurs dispositifs réglementaires qui ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs.
La création de l'Aide à la vie partagée (AVP), dans les suites de la loi ELAN et de la définition du statut d’habitat inclusif, a particulièrement influencé le paysage en proposant une solution à l’un des principaux freins au développement de ces formes d’habitat : le financement d’un accompagnement humain à la vie collective. Beaucoup de résidences intergénérationnelles bénéficient ainsi de l’AVP, posant des questions sur les définitions et la règlementation de l’habitat inclusif. Pour cette raison il serait utile de clarifier quelques définitions. Mélanger complètement toutes ces notions comporte un risque : celui de construire des politiques publiques avec des angles morts, faute de distinguer les objectifs poursuivis par chaque « modèle ».
C'est aussi la raison pour laquelle nous animons aujourd'hui un Réseau de l'habitat intergénérationnel. Nous sommes convaincus que cette notion conserve toute sa pertinence et mérite d'être pensée pour elle-même, et en relation avec l’éventail de solutions existantes et à créer.

Pourquoi développer des projets intergénérationnels alors que plusieurs générations cohabitent déjà naturellement dans la société ?

Justement parce que la cohabitation ne crée pas automatiquement des relations. Un immeuble classique est souvent intergénérationnel d'un point de vue démographique. Mais le vocable "intergénérationnel" suppose une intention. Il s'agit d'organiser les conditions de la rencontre, de favoriser les échanges et de créer des occasions de coopération entre les générations. Si les acteurs de l'habitat se sont autant intéressés à cette question, c'est aussi parce que leurs locataires ont profondément changé. Le parc social accueillait historiquement principalement des familles. Aujourd'hui, il loge une proportion croissante de personnes âgées. Les bailleurs doivent donc adapter leurs réponses à cette évolution démographique.

Pourquoi privilégier l'intergénérationnel plutôt que des résidences exclusivement dédiées aux seniors ?

D’abord l’un ne disqualifie absolument pas l’autre. Et vice-versa. Mais s’agissant d’habitat intergénérationnel, la mixité constitue précisément l'un des intérêts du modèle. Les résidences intergénérationnelles permettent de répondre aux attentes d’un nombre croissant de personnes âgées tout en conservant une véritable mixité sociale et générationnelle. Elles sont généralement de taille modeste, particulièrement adaptées aux petites communes ou aux centres-bourgs, où quelques logements destinés aux seniors peuvent suffire à apporter un élément de réponse aux besoins du territoire tout en s'inscrivant dans un projet immobilier plus large qui adresse d’autres enjeux de logement pour les jeunes, de soutien aux familles monoparentales, de logement familial abordable, etc. L’impact social et territorial d’un projet collectif bénéficie à toutes les générations, et à tous types de « publics ».